Surprise au bain, Suzanne subit le chantage de deux juges menaçant de l’accuser d’adultère si elle ne cède pas à leurs avances.
Surprise au bain, Suzanne subit le chantage de deux juges menaçant de l’accuser d’adultère si elle ne cède pas à leurs avances. Si la clarté du ciel et les demi-tons trahissent la supervision d’Orazio, la force dramatique appartient exclusivement à Artemisia. La position de Suzanne : sa tête et ses jambes se détournent à l'opposé de ses bras qui repoussent l'agression, créant un contrapposto complexe inspiré de Michel-Ange. L'artiste n'a que 17 ans.
Huile sur toile, 145 × 195 cm. Galleria Nazionale d'Arte Antica, Rome.
Huile sur toile, 145 × 195 cm. Galleria Nazionale d'Arte Antica, Rome. La scène du Caravage se déploye en largeur, préservant la séduction d'une Judith caressée par la lumière au moment même du meurtre. Artemisia brise ce compromis. Elle bascule le cadre à la verticale et mure l'espace : la beauté s'efface devant l'exécution. Secondée par Abra, elle concentre toute la stupeur du drame sur l'action et le visage d'Holopherne.
Deux ans après la lumière de Suzanne, le Caravagisme engloutit la scène, et il n'y a plus rien autour des trois corps, sinon le drap blanc déjà taché de rouge.
Deux ans après la lumière de Suzanne, le Caravagisme engloutit la scène, et il n'y a plus rien autour des trois corps, sinon le drap blanc déjà taché de rouge. La servante n'est plus reléguée en arrière-plan comme chez la plupart des peintres de son temps, mais pèse de tout son poids sur le corps d'Holopherne, et ses mains verrouillent ses bras au matelas, car elle ne regarde pas ailleurs, elle tient. L'historienne Marie-Jo Bonnet y voit un geste de sororité, loin de la servante spectatrice qu'on trouve chez Caravage. Le regard de Judith est rivé sur la lame. Ses bras tendus donnent d'abord l'impression qu'elle recule, mais c'est sa jambe droite, appuyée contre le lit, qui porte tout l'effort. Artemisia peint cette toile à dix-neuf ans, dans la tourmente et les mois qui suivent son procès pour viol contre Agostino Tassi.
Peinte entièrement nue en 1616 pour symboliser la pureté de l'inspiration, l’œuvre subit la censure 70 ans plus tard. Leonardo di Buonarroto, l'héritier du palais, jugeant cette nudité inappropriée, charge le peintre Volterrano d’ajouter les drapés et les voiles actuels. La restauration physique étant impossible sans détruire la couche d'origine, la science a permis cette reconstitution numérique.
Peinte entièrement nue en 1616 pour symboliser la pureté de l'inspiration, l’œuvre subit la censure 70 ans plus tard. Leonardo di Buonarroto, l'héritier du palais, jugeant cette nudité inappropriée, charge le peintre Volterrano d’ajouter les drapés et les voiles actuels. La restauration physique étant impossible sans détruire la couche d'origine, la science a permis cette reconstitution numérique.
Florence, 1615. Michelangelo Buonarroti le Jeune réunit plusieurs peintres pour décorer le plafond de sa galerie, dédié à la mémoire de son grand-oncle. Artemisia est la seule femme du chantier. Son tableau compte parmi les premiers achevés, alors qu'elle traverse une grossesse difficile et des dettes.
Florence, 1615. Michelangelo Buonarroti le Jeune réunit plusieurs peintres pour décorer le plafond de sa galerie, dédié à la mémoire de son grand-oncle. Artemisia est la seule femme du chantier. Son tableau compte parmi les premiers achevés, alors qu'elle traverse une grossesse difficile et des dettes. Le commanditaire, en l'associant à cette figure, joue sur son nom : Arte mi sia, que l'art soit à moi. Officiellement, le tableau représente le penchant naturel de Michel-Ange pour l'art. Le visage est celui d'Artemisia.
Chez Le Tintoret, le jardin est vaste et la lumière douce. Suzanne se regarde dans un miroir, entourée de bijoux et d'étoffes. Les deux vieillards traînent en bordure du tableau, plutôt discrets, presque anecdotiques. L’œuvre invite à la contemplation d'une jeune femme complaisante, faite pour le plaisir des yeux.
Chez Le Tintoret, le jardin est vaste et la lumière douce. Suzanne se regarde dans un miroir, entourée de bijoux et d'étoffes. Les deux vieillards traînent en bordure du tableau, plutôt discrets, presque anecdotiques. L’œuvre invite à la contemplation d'une jeune femme complaisante, faite pour le plaisir des yeux. Chez Artemisia, le cadre se referme brutalement sur les corps, une pierre grise et un ciel lointain. Les vieillards ne se cachent plus : ils envahissent l'espace. Pour concevoir ses personnages, Le Tintoret utilise en atelier de petites figurines ou ses assistants masculins. Dans l'isolement de sa chambre à Rome, Artemisia Gentileschi recourt, à un miroir. C’est son propre corps qui sert de modèle pour imposer la vérité anatomique de sa Suzanne.