Cette composition s’articule autour de trois pôles visuels isolés par un clair-obscur rigoureux : le drapé saturé de la robe de soie jaune, le miroir et…
Cette composition s’articule autour de trois pôles visuels isolés par un clair-obscur rigoureux : le drapé saturé de la robe de soie jaune, le miroir et l'inscription latine en lettres d'or. Le renoncement au monde séculier est figé sans théâtralité : la main droite de la sainte effleure à peine le miroir, marquant le détachement plutôt que le rejet violent. Au-dessus de l'objet, suspendue dans la pénombre du fond, la sentence tirée de l'Évangile de Luc — « Optimam partem elegit » (« Elle a choisi la meilleure part »).
Giorgione commence cette Vénus vers 1510, il meurt sans l'achever. Titien peint le paysage qui l'entoure. Le corps reste nu, seul, endormi en plein air,…
Giorgione commence cette Vénus vers 1510, il meurt sans l'achever. Titien peint le paysage qui l'entoure. Le corps reste nu, seul, endormi en plein air, la main posée sur elle-même, sans autre présence que le paysage. Artemisia reprend un siècle plus tard ce type déjà passé dans toute l'école vénitienne. Elle ferme la scène sur un rideau, ajoute Cupidon qui veille et écarte toute menace et place un temple au loin. Le sommeil n'est plus solitaire. Il est gardé.
Même dans ce sujet inhabituel pour elle, plusieurs indices trahissent la main d'Artemisia. Le visage de Vénus reprend ses propres traits, comme dans…
Même dans ce sujet inhabituel pour elle, plusieurs indices trahissent la main d'Artemisia. Le visage de Vénus reprend ses propres traits, comme dans plusieurs de ses tableaux. La pose se distingue par son naturel : la main repose sans tension, les jambes se referment sans rigidité artificielle. Mary Garrard* relève aussi la fermeté du poignet de Vénus, contrastant avec les mains enfantines de Cupidon, une constante chez Artemisia, qui donne à ses figures féminines une prise ferme, jamais purement décorative. *professeure émérite d'histoire de l'art à l'American University (Washington, DC).
Paolo Véronèse traite le suicide de Lucrèce selon les codes du faste vénitien. L'intensité du drame s'efface sous la virtuosité des matières : la richesse…
Paolo Véronèse traite le suicide de Lucrèce selon les codes du faste vénitien. L'intensité du drame s'efface sous la virtuosité des matières : la richesse des velours verts, le chatoiement des soies, le décorum des motifs floraux enchâssent le personnage. La tête inclinée, drapée dans l'apparat, Lucrèce devient un sujet de délectation plastique où la violence est domestiquée par l'élégance. Artemisia Gentileschi rompt avec cette théâtralité décorative. Elle remplace l'apparat des étoffes lourdes par un voile qui se défait, tourbillonne, n'obéit plus au corps. Le regard ne se pose plus sur l'objet mais fuit vers le ciel. Là où Véronèse peint un sacrifice déjà résolu, Artemisia peint l'instant qui précède, suspendu, tendu, sans rien perdre d'un certain érotisme, par la poitrine dénudée et le traitement de la peau.
La lumière est dure, elle rebondit sur le corps de Lucrèce. Le regard est tendu et celle-ci se lit jusque dans les mains. Les plis de la chemise, comme…
La lumière est dure, elle rebondit sur le corps de Lucrèce. Le regard est tendu et celle-ci se lit jusque dans les mains. Les plis de la chemise, comme ceux du velours sur la jambe sont décrits avec précision. Ce tableau appartient encore à Rome, à l'orbite de Caravage. Face à lui, la Lucrèce peinte des années plus tard à Venise dit tout le chemin parcouru : la lumière s'est adoucie, le pinceau s'élargit sur les tissus et devient plus subjectif. La peau devient presque diaphane. Entre les deux toiles, ce n'est pas un sujet qui change de visage. C'est une artiste qui gagne, avec la maturité, la liberté de se détacher du détail.
Cette Lucrèce, peinte en 1627, est exécutée à Venise. Influencée par le courant artistique, le style est plus sensible, elle s'éloigne du caravagisme. Les…
Cette Lucrèce, peinte en 1627, est exécutée à Venise. Influencée par le courant artistique, le style est plus sensible, elle s'éloigne du caravagisme. Les contrastes sont plus doux, les tissus ne sont plus dessinés au pinceau fin. Au contraire, de larges coups de brosse, qu'on appelle aussi touche libre, suggèrent la matière plutôt que de la décrire avec précision. Artemisia est en perpétuelle adaptation, elle avale tout ce qu'elle peut. Elle a soif de connaissance. Cette Lucrèce est un tournant dans son art, par sa facture plus douce, son pinceau plus libre, moins précis, plus sensuel et luxueux.
Le tableau a disparu pendant près de quatre siècles, pris pour une simple copie d'atelier lors d'une vente en 2001. C'est un motif de rideau, identique à…
Le tableau a disparu pendant près de quatre siècles, pris pour une simple copie d'atelier lors d'une vente en 2001. C'est un motif de rideau, identique à celui d'une autre toile confirmée, qui a permis en 2021 de lui rendre son autrice.